LES BOUTIQUIERS ET CERTAINS VENDEURS PAS ENCORE PRETS D’APPLIQUERLA REGLE


La décision du président Macky Sall, consistant à la baisse des prix de certains produits et visant à soulager les ménages qui font face à l’inflation des prix des denrées de première nécessité, est approuvée des Sénégalais. Cependant, l’application stricte de la mesure n’est pas effective dans beaucoup de commerces et marchés visités.
Le riz, le sucre, le lait, l’huile de palme, les produits horticoles, la viande, les intrants agricoles, le fer à béton, le loyer, les frais d’inscription scolaire sont, entre autres, les produits et services concernés par ces mesures urgentes prises par le président Macky Sall pour lutter contre la vie chère au Sénégal. Aussitôt annoncées, ces mesures alimentent déjà les débats dans les rues et marchés à Dakar et sa banlieue. Mais le constat est que les commerçants font la sourde oreille. Aucune baisse n’a été effective sur les prix dans les marchés et dans plusieurs boutiques de la capitale et sa banlieue. Malgré le numéro vert qui a été lancé dans les réseaux sociaux permettant aux clients d’appeler si toutefois ils sont confrontés à des commerçants qui n’appliqueraient pas la règle, les choses n’ont pas changé. Cette situation préoccupe de plus en plus les ménages qui prennent leur mal en patience. Et selon une dame rencontrée au marché Dior, les autorités devraient prendre des mesures structurelles et non conjoncturelles.
A l’en croire, c’est la meilleure manière d’amener l’équilibre sur la baisse des prix des denrées de première nécessité. Sinon, les commerçants font respecter les règles que pour quelques jours. Selon El hadj Fall, un fonctionnaire, la baisse est approuvée par tous les Sénégalais. « C’est une bonne chose qui arrive à point nommé. Mais le problème c’est de faire respecter les mesures », dit-il.
Mabèye Sylla, propriétaire d’une alimentation générale au marché Castors, estime que la vie chère interpelle tous les Sénégalais. Que ce soit vendeurs ou acheteurs. « Si ça dépendait que des commerçants, tous les produits alimentaires seraient vendus à des prix accessibles et abordables pour tout le monde. Mais actuellement, le problème ne se situe pas à notre niveau, mais plutôt du côté des grossistes qui nous donnent les marchandises à des prix exorbitants. Pour moi, il faut que les autorités gouvernementales s’entretiennent avec ces derniers et voir avec eux comment solutionner le problème », a-t-il dit pour expliquer les raisons pour lesquelles il ne peut appliquer les mesures.
Abondant dans le même sens, Wourry Diallo, propriétaire de boutique détaillant au quartier HLM 5, pense que la baisse ne pourra être appliquée comme le veulent les autorités et les populations. Il faudrait d’abord qu’on leur permette d’écouler leur stock qui est déjà sur place à leurs prix normaux. Et ensuite, voir la suite avec les grossistes qui vont les guider sur le chemin à pendre. « S’ils baissent leurs prix, nous allons les suivre dans cette logique », a dit M. Diallo.
L’Association des boutiquiers et détaillants se démarque de leurs collègues réticents
Pour Mouhamadou Lamine Sall, membre de l’Association des boutiquiers et détaillants du Sénégal (AB D S), section Dakar, une association mise sur pied depuis 2018 à Thiès et qui a des membres dans toutes les régions du Sénégal. Depuis que le chef de l’Etat a annoncé la nouvelle de la baisse des prix des denrées, ils ont décidé de rencontrer tous leurs membres et les sensibiliser sur la question afin de leur faire savoir toutes mesures prises par les autorités. « Quiconque décide d’agir autrement, ne sera pas protégé par l’association en cas de problème », dit-il.
D’après lui, les boutiquiers n’ont pas dit qu’ils n’allaient pas respecter les mesures consistant à baisser les prix des denrées de première nécessité. Cependant, ils ne peuvent le faire en ce moment précis. « La baisse ne sera pas immédiate. Il y a beaucoup de contradictions dans cette affaire. Car sur la liste qui a été publiée, le prix de l’huile n’a pas été diminué mais plutôt augmenté. Il a été mentionné que la grande bouteille d’huile est fixée à 23. 500 FCFA, alors qu’elle s’échangeait 23 000 FCFA. Pour M. Sall, l’Etat doit avoir les informations nécessaires, se concerter avec les importateurs afin que ces derniers puissent vendre aux grossistes les marchandises à des prix normaux et que cela puisse se répercuter chez les détaillants qui risquent d’être les grands perdants. Ce qui pourrait les amener à définitivement se retrouver en faillite.