«LES PRIX ELEVES DES FERTILISANTS VONT ENTRAVER LES CYCLES AGRICOLES DE 2023 ET 2024»


Dans une tribune partagée hier sur les plateformes de la Banque mondiale, David Malpass a appelé à la transformation du marché des engrais pour faire face à la crise alimentaire en Afrique. Le boss de l’institution financière internationale informe que les prix élevés des fertilisants vont entraver les cycles agricoles de 2023 et 2024.
«Les prix des engrais sont hors de portée de la plupart des agriculteurs et cette situation menace le cycle des cultures et la stabilité des zones rurales.» Tel est le premier constat du président de laBanque Mondiale dans une publication rendue publique sur le site de l’institution financière internationale. Ceci est d’autant plus préoccupant, dit-il, qu’à l’échelle mondiale, 205 millions de personnes dans 45 pays sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Ce qui signifie que leur accès à la nourriture est limité au point de mettre en danger leur vie et leurs moyens de subsistance, ajoute Monsieur Malpass.
Toujours dans sa note, il indique que dans de nombreux pays en développement, l’un des principaux obstacles à la production alimentaire est l’accès aux engrais qui enrichissent le sol avec les nutriments nécessaires à des cultures vigoureuses. Il n’a pas manqué d’informer que les prix élevés des fertilisants vont entraver les cycles agricoles de 2023 et 2024. «Les prix des engrais ont triplé depuis le début de 2020 et restent volatils, ce qui prive de nombreux petits agriculteurs d’un approvisionnement stable», renseigne-t-il. Revenant sur les causes d’une telle situation, il pointe du doigt la guerre en Ukraine qui, à l’en croire, a perturbé les exportations d’engrais en provenance du Bélarus et de la Russie, deux fournisseurs importants de l’Afrique, tandis que d’autres pays exportateurs ont réduitl’offre par le biais de taxes à l’exportation, d’interdictions et d’exigences en matière de licences, en partie pour protéger leurs propres agriculteurs.
Avec l’augmentation des prix agricoles, souligne-t-il, les cultivateurs des pays à revenu élevé peuvent se permettre de planter davantage et de commander plus d’engrais, sans compter qu’ils bénéficient de subventions qui couvrent souvent le coût du gaz naturel nécessaire à la produc- tion des engrais et du gazole indispensable au fonctionnement de leurs équipements. Pendant ce temps, dit-il, la petite agriculture familiale dans les pays en développement ne sera pas en mesure de survivre, et encore moins d’être compétitive. «Cette situation laissera peu de place à l’agriculture subsaharienne, et en particulier aux ménages les plus pauvres, ce qui entraînera une longue et profonde crise alimentaire et de l’emploi, notamment en milieu rural», a-t-il indiqué.
90 % DES ENGRAIS CONSOMMÉS DANS LES PAYS D’AFRIQUE SUBSAHARIENNE SONT IMPORTÉS D’AUTRES CONTINENTS
David Malpass informe par ailleurs qu’en Afrique subsaharienne, le taux d’épandage est de 22 kilogrammes par hectare, alors que la moyenne mondiale est sept fois plus élevée (146 kilogrammes par hectare). Dans certains pays, précise-t-il, comme en Chine et au Chili, il peut atteindre quasiment 400 kilogrammes par hectare.
En moyenne, déclare-t-il, au niveau mondial, moins de la moitié des engrais azotés utilisés dans l’agriculture contribuent à la croissance des plantes, tandis que le reste pollue nos cours d’eau. Fort de tout cela, le président du Groupe de la Banque mondiale estime que l’Afrique doit contribuer à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement d’engrais en levant un certain nombre d’obstacles commerciaux et logistiques internes. «Le continent produit chaque année environ 30 millions de tonnes d’engrais, soit deux fois plus que ce qu’il consomme. Malgré cela, environ 90% des engrais consommés dans les pays d’Afrique subsaharienne sont importés, principalement d’autres continents.
Cette situation illustre les inefficacités des frais de transport maritime et des coûts portuaires, des circuits de distribution, de la disponibilité de l’information et d’autres tensions commerciales », lit-on dans la tribune de Monsieur Malpass. Il appelle dans la foulée à un effort concerté des nations africaines pour réparer le système. Et d’ajouter que l’amélioration des infrastructures commerciales et l’adoption de mesures de facilitation des échanges, telles que des règles harmonisées, jouent un rôle important à cet égard. «Lorsqu’elle est techniquement et économiquement possible, la production locale peut compléter les importations en réduisant les coûts de transport et de logistique », indique Monsieur Malpass qui soutient qu’il est urgent d’améliorer l’accessibilité physique et financière des engrais pour éviter de prolonger la crise alimentaire.